Histoire de l’astrologie arabe au Moyen-Age
Posté le 12.10.2007 par sheol
Les astrologues à l’époque abbasside (750/1258)
"Le rôle de l’astrologue est de considérer les choses dans lesquelles existe la potentialité d’accomplissement d’une chose et du contraire auquel elle retourne, mais ne s’arrête pas à leurs propriétés ; en effet, par son exercice des astres, l’astrologue ne s’arrête point à considérer si le feu brûle ou non, car il sait pertinemment qu’il brûle. Ce qu’il tente de découvrir, c’est de savoir si demain tel feu brûlera ou non un corps susceptible de combustion. Lorsque par leurs mouvements les planètes auront indiqué qu’une des choses en question ne se produira pas, il sera impossible qu’elle se produise. Si par contre ils indiquent qu’une chose se produira au moment prévu et sans perturbation, l’existence de la chose arrivera nécessairement. De même, un homme à qui nul empêchement n’enlève la faculté de parler possède la parole en puissance jusqu’au moment où il se met à parler. Dès qu’il parle, son parler tombe à ce moment dans la catégorie du nécessaire. Il est donc prouvé que les planètes sont les indicatrices du contingent et de l’élection" (Abou Marchar)
L’astrologie était largement répandue dans toutes les couches des sociétés arabes médiévales à l’époque des Abbassides : on trouvait à la fois des gens tout à fait simples qui allaient dans le souk pour consulter leur astrologue afin de savoir quand ils allaient soigner leur enfant, marier leur fille ou à quel moment il fallait acheter une chèvre, etc., et en même temps les califes et les princes qui avaient presque tous leurs astrologues attitrés pour décider du moment d’une bataille.
Cette présence de l’astrologie ponctue la vie quotidienne des gens du peuple, mais irrigue également les classes supérieures d’une pensée scientifique par l’intermédiaire de la dimension aristotélicienne que l’astrologie véhicule. L’astrologue "savant" lui-même (par opposition aux astro-charlatans tartares qui à l’époque fleurissaient avec autant de vigueur qu’aujourd’hui) est au centre d’un débat souvent extrêmement riche pendant ces trois siècles, entre des gens qui étaient un peu comme des "honnêtes hommes" du Moyen-âge islamique, des élites intellectuelles qui étaient à la fois des philosophes, des théologiens, des mathématiciens, des musiciens et des astrologues. Ceux qui n’étaient pas astrologues eux-mêmes consultaient souvent des astrologues, et nombreux étaient ceux qui pratiquaient et étudiaient l’astrologie en solitaire, même s’ils ne se déclaraient pas comme tels.
L’idée était assez fréquente dans le monde musulman médiéval, qu’il existe diverses voies d’accès à la vérité, c’est-à-dire qu’on peut trouver chez un personnage à la fois une démarche théologique coranique, et une démarche philosophique qui peut ne pas du tout faire référence à la tradition musulmane ; enfin, ce même personnage peut également rédiger des traités entiers où il parle d’ésotérisme ou d’astrologie dans un sens beaucoup plus gnostique.
A cette époque, on trouve chez les astrologues parlant l’arabe des gens de diverses origines ethniques et de confessions religieuses diverses : arabes, persans, sunnites, chiites, juifs, chrétiens, sabéens ou mazdéens, etc. Mais le critère essentiel pour choisir son astrologue était celui de la compétence, indépendamment de son origine ethnique ou de sa religion.
Pour faire carrière comme astrologue, deux voies principales s’offraient aux candidats : la cour ou le souk, le second pouvant éventuellement mener à la première. Par la filière "cour", il se rapprochait de la condition du poète qui recherche un mécène, les cours fonctionnant comme lieux de promotion sociale et lieux où se fabrique la notoriété professionnelle. Un astrologue devient attitré d’un personnage important du royaume grâce à la justesse de ses prédictions. Cette voie de la cour explique les nombreux déplacements des astrologues : Bagdad était la capitale des califes Abbassides, et tout astrologue arabe en quête de notoriété se devait d’y effectuer au moins un séjour, ne serait-ce que parce que Bagdad était très riche, pleine de cénacles et saturée de fonctionnaires et de commerçants fortunés. Les riches négociants avaient les moyens d’entretenir un astrologue attitré.
Le statut de l’astrologue de souk, itinérant ou installé à demeure était équivalent à celui d’un saltimbanque bonimenteur. Il pratiquait seul ou en groupe. Des documents de cette époque attestent de l’existence de ces "gangs" d’astrologues, postés régulièrement dans la même venelle, sur la même place, ou par exemple au seuil de la porte d’entrée de la mosquée des Omeyyades à la fin du Xe siècle dans le souk de Damas. Certains commer-çants comme les barbiers et et les herboristes, qui tenaient boutique, avaient certainement des connaissances en astrologie et en magie qui leurs permettaient d’exercer eux aussi le métier d’astrologue.
Ces astrologues de souk n’étaient en général pas spécialisés. A quelques connaissances lacunaires et fragmentaires en astrologie, ces "horoscopeurs" médiévaux ajoutaient dans leur pratique la numérologie arabe, la vente et la confection de talismans, diverses pratiques magiques, etc. Dans certaines cités abbassides, ils étaient parfois traités comme un corps de métier à part entière. Il s’agissait alors pour les édiles de réglementer leurs agissements publics, mais généralement ce n’était pas la fonction de l’astrologue elle-même qui était visée, mais les escroqueries possibles dont pouvaient se rendre coupables certains membres de ce corps de métier. C’est d’ailleurs dans les souks qu’est progressivement née l’idée selon laquelle ceux qui prédisent l’avenir peuvent menacer l’ordre public à cause des charlatans-escrocs qui pullulaient dans leurs rangs. L’astrologie a tôt fait partie intégrante de la socioculture générale des élites abbassides, alliant indissociablement qualités morales et esthétiques à un savoir éclectique. l’échelle sociale, du calife au quidam et l’écart des revenus entre les plus riches des astrologues de cour et les plus pauvres des astrologues de souk est de 1 à 800 dans la deuxième moitié du IXe siècle.
Les plus riches étaient bien entendu ceux qui maîtrisaient le mieux l’astrologie "mondiale". La part de l’astrologie mondiale était en effet énorme : on sait que ceux qui jouaient un rôle politique, qui devaient entreprendre ou décider guerres, batailles, mariages stratégiques constituaient la clientèle par excellence des astrologues. Des gens avisés, rompus à l’exercice du pouvoir et aux intrigues de cour : pas vraiment des esprits faibles ni des fêlés. Ces gens-là pouvaient interroger les astrologues sur la météo quand ils organisaient une chasse, sur le moment propice pour entamer une campagne militaire, ou sur les questions portant sur l’issue d’un mariage avec la princesse d’un royaume voisin. Certains astrologues se sont même mis à calculer la durée de vie de telle ou telle dynastie, et même, O sacrilège, celui de la religion musulmane (Haroun AI Rachid, calife de Bagdad rendu célèbre par les Mille et une Nuits, avait ordonné à son vizir de faire composer à des astrologues un ouvrage comportant des horoscopes pour toutes les circonstances de la vie et pour cela avait fait venir à Bagdad des spécialistes de Byzance, d’Inde, de Perse). Certains gouvernement étaient capables de subir l’extrême pour se conformer aux prévisions de leurs astrologues (un calife fatinide du Xe siècle fit creuser un souterrain et disparut sous terre pendant un an parce que son horoscope marquait une période où il était en danger de mort, et abandonna même le pouvoir à son fils pendant cette période).
On recourait aussi aux astrologues pour la fondation des villes et bâtiments. La construction de la grande mosquée des Omeyyades à Damas débuta au moment exact défini par les astrologues, et dix-huit ans s’écoulèrent entre la décision de la construire et la pose de la première pierre, uniquement parce que les astrologues du calife avaient décidé que c’était le moment le plus favorable !
Les astrologues de cour étaient protégés, mais ils pouvaient aussi tomber en disgrâce. Une erreur de calcul dans les pronostics n’entraînait en général aucune sanction : une fois l’erreur reconnue et les nouveaux calculs faits, l’assistance attendait les nouvelles prédictions et la nouvelle échéance qu’elles promettaient avec confiance, L’astrologue avait donc droit à l’erreur. Rares ont été les astrologues persécutés par l’Etat, Au début du XI e siècle, le calife fatimide El Hakim (qui faisait lui-même de l’astrologie !), interdit bien, dans un mouvement d’humeur ou de déception, l’étude de l’astrologie et fit expulser du Caire ceux qui s’y adonnaient, mais cet acte fut jugé par ses contemporains comme un acte de folie.
Les documents historiques font également état de manipulations d’astrologues par les princes et vice-versa, ce qui n’a rien d’étonnant, dans la mesure où la croyance en l’astrologie faisait l’objet d’un consensus quasi-général parmi les gouvernement, amis ou ennemis. Ainsi les astrologues participaient-ils aux intrigues de cour, et pouvaient-ils subtilement mais puissamment influer sur leur souverain. L’astrologue attaché à un calife pouvait aussi intoxiquer astrologiquement un confrère sous la gouverne d’un ennemi, et être intoxiqué par lui par le canal des diagnostics ou pronostics astrologiques.
Astrologie et médecine
"Parmi les médecins des villes, il en est dont l’ignorance est considérable et dont l’intelligence est incapable de reconnaître les choses qui leur sont indispensables. S’ils avaient lu les livres des médecins, ils auraient su que l’astrologie est utile à leur art et qu’ils en ont besoin. Il y a des jours déterminés, des jours critiques au moment desquels les médecins ont besoin d’examiner l’état du patient, sa force ou sa faiblesse ; le renforcement ou l’affaiblissement de la maladie. Or c’est d’après celle-ci qu’ils déterminent ces choses. Hippocrate et Galien, les deux sages, traitent de cela dans leurs livres, et tous les savants en médecine de l’antiquité ont dit que la science des astres se trouve au principe de la science médicale" (Abou Marchar).
Dans les ouvrages proprement médicaux qui ont été écrits pendant l’antiquité grecque, il y avait fort peu d’éléments pouvant encourager le recours à l’astrologie. Néanmoins, ceux qui ont voulu utiliser l’astrologie en médecine se sont référés à une ou deux phrases tirées des ouvrages d’Hippocrate et à une partie d’un livre de Galien. En effet, dans un de ses ouvrages, Hippocrate a une phrase qui sera inlassablement citée par les astrologues médiévaux : "La science des astres, loin d’être d’une petite utilité au médecin, lui apporte beaucoup". En fait, ce qu’Hippocrate avait dans l’esprit, c’est davantage le rythme des saisons. Dans l’ensemble des ouvrages hippocratiques, il y a très peu de manifestations d’une connaissance astronomique très poussée, pas du tout d’astrologie, mais en revanche Hippocrate portait grande attention aux saisons, et donc à la détermination des saisons en fonction du cours des astres. Chez Galien, la part de l’astrologie était un peu plus grande, quoique fort restreinte aussi. Il fait mention de l’astrologie comme un recours possible pour le médecin pour déterminer les jours critiques et les cycles des maladies aiguës. Il écrit par exemple que le Soleil régit les maladies chroniques et la Lune les maladies aiguës. Dans le monde médical arabe, il y a eu très tôt un débat opposant Pro et anti-astrologues. En effet, si les textes grecs purement médicaux ne traitaient que marginalement de l’influence astrologique sur la santé, les textes spécifiquement astrologiques abordaient très largement les relations entre astres, corps humain et maladies. Il y avait toute une gradation entre les astrologues-médecins, comme Abou Marchar, pour lesquels l’astrologie apportait à la médecine la certitude du diagnostic, et les médecins anti-astrologues, comme Avicenne, qui refusaient tout recours à l’astrologie. Comme tout penseur médiéval, Avicenne croyait certes à l’influence des astres sur le monde terrestre, mais il pensait que l’homme ne pouvait pas connaître cette influence. Il refusait ainsi toute validité scientifique à l’astrologie et conseillait aux médecins, dans ses traités, de ne pas s’occuper des "causes lointaines", et donc de laisser complètement tomber l’astrologie dans leur pratique de la médecine :
"Nous savons sûrement que le froid et le chaud appartiennent comme qualités aux quatre Eléments et aux objets mondains composées de ces Eléments. Mais au contraire, que les corps célestes et leurs orbites sont d’une nature toute opposée, et que n’étant pas liés à ces qualités ni composés d’éléments terrestres, ils portent le nom de cinquième élément. Quant à cette affirmation que tout événement terrestre qui subit l’influence de Saturne est froid et malheureux, mais que ses qualités n’appartiennent pas au corps céleste lui-même, qu’il en est de même des autres vertus accordées aux autres planètes, nous n’avons à y répondre que ceci : ces assertions manquent de toute preuve et de toute démonstration. Qui peut savoir si le froid de la terre vient de Saturne et le chaud de Mars et ainsi de suite des autres qualités qu’ils attribuent aux corps célestes ? Bien qu’il soit certain que les étoiles exercent une certaine influence sur les choses du monde, il est pourtant bien hasardeux de préciser cette influence et de dire s’il produit le froid ou le chaud ou tout autre effet". (Grande réfutation des astrologues par Avicenne).
La majorité des médecins au Moyen-âge arabe se sont en fait situés entre ces deux extrêmes, ce qui n’était pas toujours le cas pour leurs patients. Exemple : au temps d’Haroun Al Rachid, une femme fortunée avait installé dans son palais une salle qui était réservée à la rencontre des médecins et des astrologues lorsqu’elle était malade. Ils discutaient et s’ils n’arrivaient pas à se mettre d’accord, cette femme avait décidé que c’était l’astrologue qui avait le dernier mot. La littérature de l’époque met beaucoup en avant la rivalité entre médecins et astrologues, en donnant souvent l’avantage aux seconds.
L’apport principal des Arabes en astrologie médicale (plutôt qu’en médecine astrologique) fut de fonder par des textes systématiques la technique astrologique appliquée à la médecine. Les principes théoriques sont simples : les corps célestes influencent tout ce qui est ici-bas. Il y a une unité profonde dans le monde sublunaire, tout est formé à partir des quatre éléments. Dans le corps humain, on peut isoler quatre humeurs : la bile, le sang, le flegme et la mélancolie, et ces quatre humeurs sont conne le dit un auteur arabe les "filles des Eléments". Donc les humeurs, comme toute partie du corps, si petite soit-elle, sont en relation étroite avec les Eléments originels, d’où : le sang est chaud et humide, etc. L’astrologie médicale était ainsi parvenue à "prévoir" grâce au ciel de naissance toutes les maladies imaginables. Exemple particulièrement croquignolet :
"Les épileptiques sont ceux dans la nativité desquels la Lune n’est pas en union avec Mercure, ni aucun de ceux-ci n’est en union avec l’Ascendant. Avec cela que Saturne, dans les nativités diurnes soit dans un point cardinal, ou Mars dans les nativités nocturnes. Quant aux déments, ils ont les mêmes causes, sauf que Saturne soit en quelque Angle dans une nativité nocturne, ou la Vierge ou les Poissons".
On comprend mieux ainsi les préventions d’Avicenne à l’égard de l’astrologie médicale. Les astro-médecins arabes utilisaient également les secteurs de la sphère locale, et plus précisément deux Maisons importantes à leurs yeux : la première Maison ou Ascendant qui détermine les caractéristiques physiques de l’individu, et la sixième dans laquelle on place traditionnellement les maladies. Comme on le voit, les astro-médecins actuels sont les dignes successeurs des astrologues arabes !
Dans les ouvrages de médecine astrologique, l’astrologie peut être utilisée comme connaissance des agents de modification du climat général pouvant induire des problèmes de santé particuliers (qualité de l’air, météo, vents, etc.), ou encore dans la théorie des "jours critiques", pour les saignées par exmple.
Jointe à la numérologie déguisée en pseudo-Théorie des Ages prénatale, l’astro-médecine arabe s’est singularisée en se penchant sur le développement du foetus : Hippocrate disait en effet que le fœtus de 7 mois était viable, mais pas celui de 8 mois, en se fondant sur des arguments qu’il pensait comme rationnels et purement médicaux. Sous l’influence probable de textes hermético-astrologiques, les astrologues arabes ont développé à sa suite une théorie selon laquelle le fœtus de 8 mois n’était pas viable, à cause de l’influence de Saturne qui s’exerçait selon eux pendant le huitième mois. En effet, à chaque mois de la grossesse était attribuée arbitrairement l’influence d’une planète (1 mois sous l’influence de Saturne, puis les autres planètes jusqu’au 7e, puis le 8e mois était à nouveau sous l’influence maléfique (refroidissement et déssèchement) de Saturne... C.Q.F.D. !)
Notons toutefois que ceux qui revendiquaient à la fois le statut de médecin et celui d’astrologue, y compris les plus illustres, faisaient en général un usage très modéré de l’astrologie médicale. On souhaiterait que ceux qui la pratiquent aujourd’hui aient la même modération et une prudence similaire : après tout, l’expérience a clairement démontré depuis Avicenne que la plupart des recettes médicales de l’astrologie sont fausses, archi-fausses... A suivre...
La transmission du savoir astrologique arabe à l’occident médiéval
Au XIIe siècle en Occident, l’Eglise exerce un magistère spirituel et intellectuel quasi absolu. L’astrologie a depuis de nombreux siècles été éradiquée de l’univers cognitif des peuples européens. La transmission du savoir astrologique arabe à l’Occident médiéval se fait au XIIe siècle par l’intermédiaire des régions longtemps occupées par les Arabes, par le biais de traductions arabo-latines et par deux voies essentielles : l’Espagne musulmane et la Sicile. En Espagne le mouvement apparaît dans la première moitié du XIIe siècle et en Italie un peu plus tard, et continue jusqu’au XIIIe siècle en Italie.
Ces traductions se font au départ grâce au mécénat de l’archevêque de Tolède en Espagne (l’invasion de l’Espagne par les Arabes a porté ses fruits astro-philosophiques) et du roi Roger II de Sicile. Les traducteurs pour la plupart ne connaissaient pas la totalité des langues qu’ils devaient traduire ; en Espagne par exemple, ils traduisaient la plupart du temps de l’arabe en castillan, puis un deuxième traducteur traduisait du castillan en latin, ce qui pouvait altérer sensiblement la signification de ces textes déjà traduits du grec à l’arabe... C’est à Jean de Séville et à Herman de Carinthie qu’on doit la traduction des œuvres complètes d’Abou Marchar, principal astrologue arabe, qui fera assez longtemps figure de référence en Occident.
Il y a quatre parties fondamentales dans l’astrologie telle qu’elle est transmise par les traductions arabo-latines : les Nativités, c’est-à-dire des horoscopes de naissance fondés sur le ciel natal ou celui de conception ; les Révolutions, qui se subdivisent en deux sous-parties : l’étude des horoscopes de révolutions annuelles (révolutions solaires), permettant de faire des prévisions annuelles fondées sur l’étude de l’horoscope de l’équinoxe de printemps ou celui de la lunaison qui a précédé cet équinoxe, et les Conjonctions qui jouent un rôle fondamental dans l’astrologie arabe, fondée sur une doctrine d’origine sassanide voyant dans les conjonctions des planètes supérieures, notamment Saturne et Jupiter, la cause essentielle de toute une série d’événements fondamentaux dans l’histoire humaine tant sur le plan religieux, politique que météorologique. Troisième catégorie : les Elections, c’est-à-dire le choix du moment le plus favorable pour entreprendre telle ou telle chose : fonder une ville, se marier, déclencher une guerre, etc. Quatrième catégorie : les Interrogations, qui impliquent l’existence d’une clientèle fortunée voulant poser une question précise à un astrologue sur un point en général très concret : "J’ai perdu mon bréviaire, où se trouve-t-il ? Ma femme me trompe-t-elle et avec qui ? Etc.". C’est en fait une théorisation systématique de l’astrologie horaire.
L’Eglise tolère relativement, au XIIe siècle, les deux premières catégories, mais assimile les deux autres à la superstition et donc les condamne. Les premières oppositions théologiques naissent au XIIIe siècle, lorsque le déterminisme astral enseigné par l’astrologie arabe a accouché d’un déterminisme absolu ou presque, incompatible avec la doctrine de l’Eglise, ce qui a abouti aux condamnations de l’astrologie en 1270 et 1277 par l’évêque de Paris. Face à ces condamnations de théologiens néo-augustiniens, il y eût des tentatives d’accord entre la philosophie arabe et la théologie chrétienne, notamment de la part d’Albert le Grand dans son Speculum Astronomiae (vers 1265), très favorable à l’astrologie, et celle de son élève Thomas d’Aquin à travers la fameuse formule "les astres inclinent mais ne nécessitent pas".
Ces condamnations ecclésiastiques n’eurent apparemment qu’un effet mitigé sur les souverains. Tel chroniqueur anti-astrologue de l’époque estimait certes qu’"un roi doit avoir ferme espérance en Dieu et délaisser et fuir toute sorcellerie et les jugements de sorts des "bonnes heures" et autres superstitions que Astronomia conseille, et doit suffire l’espérance en Dieu et le bon gouvernement en justes querelles de mener et à fournir de justes entreprises", mais un autre chroniqueur écrivait aussi :
"Si un Roi voulait sagement vivre, il assemblerait cinq bons astronomiens, les mieux renommés en expérience qu’on pouvait trouver et ferait savoir le temps, mois, jour et heure de sa nativité, et leur baillerait par écrit en leur requérant que sur ce, ils fassent une figure comme en accoutumée, pour savoir les bonnes et mauvaises inclinations, à quoi par le jugement des étoiles il serait enclin, et leur ferait jurer de lui en dire vérité sans épargne, afin qu’il puisse multiplier les bonnes conditions à quoi il soit enclin et obvier, par le conseil de sages, aux mauvaises conditions auxquelles il inclinerait et ainsi ferait son profit, car il poursuivrait le bien auquel il serait enclin, et bouterait dehors, par prudence, avis et conseils et bonnes œuvres, la mâle tâche à laquelle sa nativité l’aurait incliné. Et ainsi le fit Hippocrate, Alexandre, César, Pompée, Charlemagne et Trajan, l’empereur comme on le trouve écrit. Et combien que aucun dit que on ne se doit point fier en astronomiens la révérence d’eux sauve, ceci ne peut nuire au prince de se tenir en vertu et obvier à l’inclinaison de périlleuses conditions, et devient un homme meilleur, et mieux se tient en vertu continuelle".
Une pratique savante très élitiste
L’astrologie savante resta jusqu’à la fin du Moyen-Age une pratique élitiste, car il n’y avait pas d’astrologie scientifique possible sans longs et fastidieux calculs astronomiques. Or jusque vers 1320, les tables astronomiques utilisées en Occident sont des tables d’une très grande difficulté d’utilisation (Tables de Tolède ou adaptation des Tables de Tolède au méridien local). En 1320 apparaissent les Tables Alphonsines (attribuées à Alphonse X de Castille mais vraisemblablement composées par des astronomes parisiens). Elles simplifient grandement les calculs astronomiques, et l’astrologie peut ainsi se diffuser davantage dans un milieu lettré, latiniste et donc presque obligatoirement clérical. Ce n’est qu’au XIVe siècle que le roi Charles V commandera une série de traductions du latin en français de textes astrologiques.
L’astrologie, telle qu’elle fut transmise par les Arabes, connaît ensuite une véritable apogée au XVIe siècle, tant du point de vue pratique que du point de vue théorique. Il n’y a jamais eu autant d’astrologues de cour, d’horoscopes individuels (voir la correspondance de Nostradamus avec une clientèle extraordinairement variée dans tout l’Occident). Mais en même temps, il y a recentrage de l’astrologie vers ses origines grecques. La Renaissance amène une meilleure connaissance de la langue grecque, et donc un retour aux textes grecs de Ptolémée, ce qui amène un relatif discrédit de l’astrologie arabe. A partir de 1524-1525 environ, Abou Marchar, qui était à égalité avec Ptolémée comme référence chez les astrologues occidentaux, perd de son crédit. Au XVIIe siècle le recul de l’astrologie arabe est encore plus net, notamment à la suite du fiasco particulièrement lamentable des prédictions relatives à la conjonction Jupiter-Saturne de 1524 en Signe d’Eau (Poissons) qui aurait dû aboutir, selon une majorité d’astrologues, à un second déluge. La théorie arabe traitant des effets, au moins météorologiques, des "grandes conjonctions", fut ainsi spectaculairement réfutée.
Au niveau des universités la transmission de l’astrologie décline au XVIIe siècle. L’astrologie se popularise par les Almanachs, mais est de moins en moins représentée dans le cadre des universités parce que considérée comme incompatible, non seulement avec la doctrine chrétienne traditionnelle, mais aussi avec la nouvelle vision du monde physique issue des Lumières, et l’astrologie arabe ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir...
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:: Les commentaires des internautes
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Posté par
KaRa le 12.10.2007
le trop bon article!!! merci pour les infos!
intéressant
Posté par
Luna le 18.10.2007
j'aime bien aussi t'écouter parler de toutes ces choses anciennes... j'ai l'air trés conne en écrivant ça! lol
article de malade
Posté par
Kristen le 01.12.2007
tu fais des articles de malade sayeb. tu es un malade. je t'aime.
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