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sheol
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Les nouvelles réalités shéoliennes, des textes, des images, des sensations
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15.04.2006
Dernière mise à jour :
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Histoire du Monde

Première analyse de la loi Pécresse {AgoraVox}

Posté le 01.12.2007 par sheol
[b]La loi Pécresse répond à un diagnostique sérieux : l’enseignement supérieur est inégalitaire, inefficient, et a tendance à freiner la mobilité sociale plutôt que de la favoriser.
Cependant ses leviers d’actions auront des conséquences graves, qui risquent de ternir tant ses bénéfices que son bilan qui sera finalement négatif.

1 Sur la sélection 2 Sur la professionnalisation 3 Sur la mobilité sociale 4 Sur l’aspect économique et politique de la loi LRU 5 Sur la coopération

1 Sur la sélection :

Avant tout il faut couper court à la rumeur selon laquelle il n’y a pas de sélection en université avant le bac plus 5. La sélection existe en fac. Pas au moment de l’inscription, mais au moment des examens sanctionnant le travail de l’année.

En Droit, à Aix c’est : 30 % de réussite en première année. 50 % en deuxième. 50 % en troisième.

Dans certaines filières saturées, comme en Anglais, le taux de réussite en première année est de 10 %. Il est quasiment impossible à un élève qui n’est pas déjà bilingue en arrivant de s’extraire de cette sélection aveugle. Des formations par correspondance type celles organisées par la Sorbonne sont des voies de garage, volontairement plus exigeantes, d’où s’extraient uniquement les profils exceptionnels.

On ne peut pas se plaindre à la fois que des jeunes soient sélectionnés à la fac ET que 20 % sortent de l’université sans diplôme.

Ensuite « l’absence de sélection à l’entrée » permet de changer de faculté quasi librement. La Sorbonne et Assas demandent de passer en commission pour pouvoir s’inscrire après un cursus dans une autre faculté. Même venant des facs d’Aix ou de Lyon.

2 Sur la professionnalisation :

Premier point : la difficulté à se réorienter. Après trois ans de Droit, j’ai cherché à intégrer une filière éco, qui m’attirait davantage. Je devais pour cela entrer en deuxième année de DEUG, plutôt que de m’inscrire en Bac+4 en Droit. Bref, une perte sèche de deux ans d’études. Plus de mes bourses. Le coût marginal d’un étudiant est pourtant dérisoire, et je n’aurais eu aucun diplôme que je n’aurais pas réussi en fin d’année.

Deuxième point : la pénurie de postes en filière professionnalisantes (essentiellement BTS, IUT, Ecoles d’Ingénieurs publiques, IAE, DESS).

On ne peut pas laisser un système de BTS et IUT hyper efficace avec si peu de place et se plaindre du manque de professionnalisation des filières. Tripler les places en IUT et BTS serait plus cher, mais toutes les places seraient prises et la formation serait celle attendue par les entreprises (auxquelles un profil de cadre IUT + Ecole ou DESS se vend souvent mieux qu’un profil Prépa + Ecole ou DESS).

Les IUT, ce ne sont pas des facs, mais c’est l’université.

Du point de vue des alternatives aux écoles, les écoles d’Ingé Polytech’ et les quasi écoles de commerce IAE donnent une formation excellente et orientée entreprise (on notera aussi l’excellent Institut de la Communication et des Médias de Grenoble). Leur succès est croissant. 1 milliard par an sur 5 ans est ridicule par rapport au retard pris. Cette réforme est complètement sous dotée. Il ne faut pas essayer de faire du BTS ou de l’IUT en fac avec des amphis de 700 personnes, car ça ne marchera pas. D’ailleurs les « Licences-Pro » sont bien plus proches des IUT que des licences en facultés.

A l’inverse, en faculté, l’étudiant jouit d’un certain anonymat appréciable après 15 ans en école, collège et lycée où notre réputation sert autant pour nous noter que nos travaux, et d’une certaine tranquillité qui lui permet de passer des années à s’ouvrir au monde comme il le veut. De plus, plutôt que de laisser mourir à petit feu les facs de Lettres qui ne trouveront pas d’entreprises pour se financer, et qui diminueront la qualité de leurs enseignements en même temps que le nombre de leurs étudiants, il vaudrait mieux proposer aux étudiants des alternatives plus facilement orientables. La solution, c’est d’abord la taille humaine des BTS-IUT, leur haut niveau d’exigence, leur contrôle continu, et leur orientation. Il faut absolument au moins doubler leurs moyens et communiquer intensivement en lycée sur leurs avantages.

3 Sur la mobilité sociale :

Effectivement il y a un vrai problème de mobilité sociale en France. Il ne faut pas oublier la frilosité pathologique des entreprises à l’égard des jeunes, des vieux, de ceux qui ont fait la fac, de ceux qui ont pas fait l’Ecole de Commerce la plus renommée, de ceux qui ont fait autre chose, des polyvalents, de ceux qui n’ont pas le nez dans le guidon, de ceux qui sont moches ou qui n’ont pas l’air "comme il faut" (première source de discrimination en France)... Tout ça pour un stage ou un contrat précaire. Les offres de stages sont pourvues sous condition d’expériences et de diplômes déjà validés. La dégradation de l’image de l’entreprise est démotivante. C’est par une politique de responsabilité sociale que nous ferons tomber ces œillères.

Nous avons des dizaines de milliers d’offres d’emploi non satisfaites. En face des millions de chômeurs reconnus comme tels ou évacués des statistiques officielles (étudiants qui font durer le plaisir pour ne pas se retrouver désœuvrés et sans bourse ni RMI, en formations, en recherche d’un temps partiel, en recherche d’un CDI, disponibles à la fin de leur préavis...) plus toutes les entourloupes qui alarment les statistiques officielles de l’UE depuis Jospin : premières radiations massives, premières campagnes de désincitation à se présenter aux agences.

La balle est dans le camp des entreprises, qui doivent de nouveau accepter la prise de risque, leur part de formation "sur le tas", et leur rôle de mobilité sociale dans une société qui se veut plus méritocratique.

Les entreprises sont faites d’hommes, qui favorisent le népotisme, la cooptation ou privilégient les filières les plus sélectives (quoique la sélection se fasse surtout au regard de la taille du portefeuille en école de commerce, pour une formation très proche des IAE ou des écoles moins cotées). C’est donc une question sociale qui se traduit économiquement.

4 Sur l’aspect économique et politique de la loi LRU :

Nous avons déjà dit pourquoi 1 milliard par an sur 5 ans sont insuffisants. Cette loi, à l’instar de la décentralisation Raffarin, a pour but de désengager l’Etat de ses obligations de financement direct, donc comptabilisé dans les normes du pacte de stabilité économique de l’UE.

Cependant, les entreprises ne seront pas du jour au lendemain disposées, par patriotisme, à payer la formation des étudiants sans contreparties. Certaines de ces contreparties seront raisonnables et positives, amélioreront l’employabilité, mais d’autres seront moins légitimes. Veut-on une université aussi docile que le sont les médias vis-à-vis de leurs annonceurs ? Aurais-je pu écrire un mémoire critique sur la loi DADVSI ou sur les dérives de l’UE à la veille du traité constitutionnel européen, si mon directeur avait craint de perdre ses financements ou si le doyen l’avait rappelé à l’ordre ?

Par ailleurs, ce financement, les entreprises iront le prendre quelque part. Ce quelque part ne sera pas les dividendes de leurs actionnaires, mais les poches des consommateurs. La décentralisation a conduit à des taux de prélèvements obligatoires records, la loi sur la réforme des universités érodera encore davantage le pouvoir d’achat.

Les entreprises préfèrent aujourd’hui payer leur taxe d’apprentissage à l’Etat plutôt qu’à un organisme de formation dont elles pourraient exiger plusieurs stagiaires. C’est absurde, mais révélateur de leur indifférence au problème de la formation.

Les facultés ont encore le montant de leurs inscriptions fixé par décret, mais un décret se modifie du jour au lendemain par l’exécutif. C’est aussi le cas pour les franchises. En l’absence de la moindre garantie, nous pourrions avoir de drôles de surprises.

5 Sur la coopération

Si certaines querelles de clochers rouillent les mécanismes de collaboration interuniversitaire, l’introduction d’une concurrence entre les universités (qui sera féroce surtout dans la phase de réduction du nombre des universités) risque d’aggraver cette pente. La concurrence peut potentiellement conduire au résultat inverse, dans l’hypothèse où il bénéficiera indirectement des efforts faits pour séduire les financiers, et son excellence sera elle-même un argument (parmi d’autres) en ce sens.

Par ailleurs depuis la « nouvelle approche européenne », ce sont les entreprises qui doivent faire les études scientifiques démontrant que leurs produits ne sont pas néfastes. Jusqu’à présent, les laboratoires universitaires contrôlaient les résultats pour s’assurer de leur sincérité, mais il sera difficile de croire aux conclusions sur les OGM de Monsanto et des labos universitaires financés directement par cette entreprise.

Conclusion :

L’Université ne se relèvera pas seule : les filières des facultés servent aujourd’hui d’expédient pour éviter le chômage, la précarité, l’impossibilité de se voir donner sa chance par une entreprise. Ce ne sont certes pas leurs fonctions, et seul un investissement dans les cursus BTS-IUT, ou proto Ecoles d’Ingénieurs ou de Commerce permettra de fournir au marché du travail des diplômés opérationnels, et de canaliser les étudiants vers des métiers porteurs.

Ceci nécessitera des investissements conséquents et une évolution des mentalités de l’entreprise qui ne sont pas garantis par la loi du 10 août 2007, dite loi Pecresse. Cette loi ne sera qu’un emplâtre sur une jambe de bois, et n’aura pour seul mérite que de réduire les dépenses publiques et d’assécher les fonds des facultés de Lettres et de Sciences sociales sans résoudre les problèmes de leurs étudiants.

Une intervention de l’Etat était nécessaire. Face à l’échec économique et social de l’enseignement supérieur, l’approche choisie a été de laisser les entreprises tenir les universités « par la bourse » pour leur faire davantage prendre en compte les demandes du marché. Les bienfaits de cette réforme de « privatisation partielle » sont réels, mais auraient également pu être résolus autrement et avec des conséquences négatives bien moindres.[/b]

Histoire de l’astrologie arabe au Moyen-Age

Posté le 12.10.2007 par sheol
Les astrologues à l’époque abbasside (750/1258)

"Le rôle de l’astrologue est de considérer les choses dans lesquelles existe la potentialité d’accomplissement d’une chose et du contraire auquel elle retourne, mais ne s’arrête pas à leurs propriétés ; en effet, par son exercice des astres, l’astrologue ne s’arrête point à considérer si le feu brûle ou non, car il sait pertinemment qu’il brûle. Ce qu’il tente de découvrir, c’est de savoir si demain tel feu brûlera ou non un corps susceptible de combustion. Lorsque par leurs mouvements les planètes auront indiqué qu’une des choses en question ne se produira pas, il sera impossible qu’elle se produise. Si par contre ils indiquent qu’une chose se produira au moment prévu et sans perturbation, l’existence de la chose arrivera nécessairement. De même, un homme à qui nul empêchement n’enlève la faculté de parler possède la parole en puissance jusqu’au moment où il se met à parler. Dès qu’il parle, son parler tombe à ce moment dans la catégorie du nécessaire. Il est donc prouvé que les planètes sont les indicatrices du contingent et de l’élection" (Abou Marchar)

L’astrologie était largement répandue dans toutes les couches des sociétés arabes médiévales à l’époque des Abbassides : on trouvait à la fois des gens tout à fait simples qui allaient dans le souk pour consulter leur astrologue afin de savoir quand ils allaient soigner leur enfant, marier leur fille ou à quel moment il fallait acheter une chèvre, etc., et en même temps les califes et les princes qui avaient presque tous leurs astrologues attitrés pour décider du moment d’une bataille.

Cette présence de l’astrologie ponctue la vie quotidienne des gens du peuple, mais irrigue également les classes supérieures d’une pensée scientifique par l’intermédiaire de la dimension aristotélicienne que l’astrologie véhicule. L’astrologue "savant" lui-même (par opposition aux astro-charlatans tartares qui à l’époque fleurissaient avec autant de vigueur qu’aujourd’hui) est au centre d’un débat souvent extrêmement riche pendant ces trois siècles, entre des gens qui étaient un peu comme des "honnêtes hommes" du Moyen-âge islamique, des élites intellectuelles qui étaient à la fois des philosophes, des théologiens, des mathématiciens, des musiciens et des astrologues. Ceux qui n’étaient pas astrologues eux-mêmes consultaient souvent des astrologues, et nombreux étaient ceux qui pratiquaient et étudiaient l’astrologie en solitaire, même s’ils ne se déclaraient pas comme tels.

L’idée était assez fréquente dans le monde musulman médiéval, qu’il existe diverses voies d’accès à la vérité, c’est-à-dire qu’on peut trouver chez un personnage à la fois une démarche théologique coranique, et une démarche philosophique qui peut ne pas du tout faire référence à la tradition musulmane ; enfin, ce même personnage peut également rédiger des traités entiers où il parle d’ésotérisme ou d’astrologie dans un sens beaucoup plus gnostique.

A cette époque, on trouve chez les astrologues parlant l’arabe des gens de diverses origines ethniques et de confessions religieuses diverses : arabes, persans, sunnites, chiites, juifs, chrétiens, sabéens ou mazdéens, etc. Mais le critère essentiel pour choisir son astrologue était celui de la compétence, indépendamment de son origine ethnique ou de sa religion.

Pour faire carrière comme astrologue, deux voies principales s’offraient aux candidats : la cour ou le souk, le second pouvant éventuellement mener à la première. Par la filière "cour", il se rapprochait de la condition du poète qui recherche un mécène, les cours fonctionnant comme lieux de promotion sociale et lieux où se fabrique la notoriété professionnelle. Un astrologue devient attitré d’un personnage important du royaume grâce à la justesse de ses prédictions. Cette voie de la cour explique les nombreux déplacements des astrologues : Bagdad était la capitale des califes Abbassides, et tout astrologue arabe en quête de notoriété se devait d’y effectuer au moins un séjour, ne serait-ce que parce que Bagdad était très riche, pleine de cénacles et saturée de fonctionnaires et de commerçants fortunés. Les riches négociants avaient les moyens d’entretenir un astrologue attitré.

Le statut de l’astrologue de souk, itinérant ou installé à demeure était équivalent à celui d’un saltimbanque bonimenteur. Il pratiquait seul ou en groupe. Des documents de cette époque attestent de l’existence de ces "gangs" d’astrologues, postés régulièrement dans la même venelle, sur la même place, ou par exemple au seuil de la porte d’entrée de la mosquée des Omeyyades à la fin du Xe siècle dans le souk de Damas. Certains commer-çants comme les barbiers et et les herboristes, qui tenaient boutique, avaient certainement des connaissances en astrologie et en magie qui leurs permettaient d’exercer eux aussi le métier d’astrologue.

Ces astrologues de souk n’étaient en général pas spécialisés. A quelques connaissances lacunaires et fragmentaires en astrologie, ces "horoscopeurs" médiévaux ajoutaient dans leur pratique la numérologie arabe, la vente et la confection de talismans, diverses pratiques magiques, etc. Dans certaines cités abbassides, ils étaient parfois traités comme un corps de métier à part entière. Il s’agissait alors pour les édiles de réglementer leurs agissements publics, mais généralement ce n’était pas la fonction de l’astrologue elle-même qui était visée, mais les escroqueries possibles dont pouvaient se rendre coupables certains membres de ce corps de métier. C’est d’ailleurs dans les souks qu’est progressivement née l’idée selon laquelle ceux qui prédisent l’avenir peuvent menacer l’ordre public à cause des charlatans-escrocs qui pullulaient dans leurs rangs. L’astrologie a tôt fait partie intégrante de la socioculture générale des élites abbassides, alliant indissociablement qualités morales et esthétiques à un savoir éclectique. l’échelle sociale, du calife au quidam et l’écart des revenus entre les plus riches des astrologues de cour et les plus pauvres des astrologues de souk est de 1 à 800 dans la deuxième moitié du IXe siècle.

Les plus riches étaient bien entendu ceux qui maîtrisaient le mieux l’astrologie "mondiale". La part de l’astrologie mondiale était en effet énorme : on sait que ceux qui jouaient un rôle politique, qui devaient entreprendre ou décider guerres, batailles, mariages stratégiques constituaient la clientèle par excellence des astrologues. Des gens avisés, rompus à l’exercice du pouvoir et aux intrigues de cour : pas vraiment des esprits faibles ni des fêlés. Ces gens-là pouvaient interroger les astrologues sur la météo quand ils organisaient une chasse, sur le moment propice pour entamer une campagne militaire, ou sur les questions portant sur l’issue d’un mariage avec la princesse d’un royaume voisin. Certains astrologues se sont même mis à calculer la durée de vie de telle ou telle dynastie, et même, O sacrilège, celui de la religion musulmane (Haroun AI Rachid, calife de Bagdad rendu célèbre par les Mille et une Nuits, avait ordonné à son vizir de faire composer à des astrologues un ouvrage comportant des horoscopes pour toutes les circonstances de la vie et pour cela avait fait venir à Bagdad des spécialistes de Byzance, d’Inde, de Perse). Certains gouvernement étaient capables de subir l’extrême pour se conformer aux prévisions de leurs astrologues (un calife fatinide du Xe siècle fit creuser un souterrain et disparut sous terre pendant un an parce que son horoscope marquait une période où il était en danger de mort, et abandonna même le pouvoir à son fils pendant cette période).

On recourait aussi aux astrologues pour la fondation des villes et bâtiments. La construction de la grande mosquée des Omeyyades à Damas débuta au moment exact défini par les astrologues, et dix-huit ans s’écoulèrent entre la décision de la construire et la pose de la première pierre, uniquement parce que les astrologues du calife avaient décidé que c’était le moment le plus favorable !

Les astrologues de cour étaient protégés, mais ils pouvaient aussi tomber en disgrâce. Une erreur de calcul dans les pronostics n’entraînait en général aucune sanction : une fois l’erreur reconnue et les nouveaux calculs faits, l’assistance attendait les nouvelles prédictions et la nouvelle échéance qu’elles promettaient avec confiance, L’astrologue avait donc droit à l’erreur. Rares ont été les astrologues persécutés par l’Etat, Au début du XI e siècle, le calife fatimide El Hakim (qui faisait lui-même de l’astrologie !), interdit bien, dans un mouvement d’humeur ou de déception, l’étude de l’astrologie et fit expulser du Caire ceux qui s’y adonnaient, mais cet acte fut jugé par ses contemporains comme un acte de folie.

Les documents historiques font également état de manipulations d’astrologues par les princes et vice-versa, ce qui n’a rien d’étonnant, dans la mesure où la croyance en l’astrologie faisait l’objet d’un consensus quasi-général parmi les gouvernement, amis ou ennemis. Ainsi les astrologues participaient-ils aux intrigues de cour, et pouvaient-ils subtilement mais puissamment influer sur leur souverain. L’astrologue attaché à un calife pouvait aussi intoxiquer astrologiquement un confrère sous la gouverne d’un ennemi, et être intoxiqué par lui par le canal des diagnostics ou pronostics astrologiques.

Astrologie et médecine

"Parmi les médecins des villes, il en est dont l’ignorance est considérable et dont l’intelligence est incapable de reconnaître les choses qui leur sont indispensables. S’ils avaient lu les livres des médecins, ils auraient su que l’astrologie est utile à leur art et qu’ils en ont besoin. Il y a des jours déterminés, des jours critiques au moment desquels les médecins ont besoin d’examiner l’état du patient, sa force ou sa faiblesse ; le renforcement ou l’affaiblissement de la maladie. Or c’est d’après celle-ci qu’ils déterminent ces choses. Hippocrate et Galien, les deux sages, traitent de cela dans leurs livres, et tous les savants en médecine de l’antiquité ont dit que la science des astres se trouve au principe de la science médicale" (Abou Marchar).

Dans les ouvrages proprement médicaux qui ont été écrits pendant l’antiquité grecque, il y avait fort peu d’éléments pouvant encourager le recours à l’astrologie. Néanmoins, ceux qui ont voulu utiliser l’astrologie en médecine se sont référés à une ou deux phrases tirées des ouvrages d’Hippocrate et à une partie d’un livre de Galien. En effet, dans un de ses ouvrages, Hippocrate a une phrase qui sera inlassablement citée par les astrologues médiévaux : "La science des astres, loin d’être d’une petite utilité au médecin, lui apporte beaucoup". En fait, ce qu’Hippocrate avait dans l’esprit, c’est davantage le rythme des saisons. Dans l’ensemble des ouvrages hippocratiques, il y a très peu de manifestations d’une connaissance astronomique très poussée, pas du tout d’astrologie, mais en revanche Hippocrate portait grande attention aux saisons, et donc à la détermination des saisons en fonction du cours des astres. Chez Galien, la part de l’astrologie était un peu plus grande, quoique fort restreinte aussi. Il fait mention de l’astrologie comme un recours possible pour le médecin pour déterminer les jours critiques et les cycles des maladies aiguës. Il écrit par exemple que le Soleil régit les maladies chroniques et la Lune les maladies aiguës. Dans le monde médical arabe, il y a eu très tôt un débat opposant Pro et anti-astrologues. En effet, si les textes grecs purement médicaux ne traitaient que marginalement de l’influence astrologique sur la santé, les textes spécifiquement astrologiques abordaient très largement les relations entre astres, corps humain et maladies. Il y avait toute une gradation entre les astrologues-médecins, comme Abou Marchar, pour lesquels l’astrologie apportait à la médecine la certitude du diagnostic, et les médecins anti-astrologues, comme Avicenne, qui refusaient tout recours à l’astrologie. Comme tout penseur médiéval, Avicenne croyait certes à l’influence des astres sur le monde terrestre, mais il pensait que l’homme ne pouvait pas connaître cette influence. Il refusait ainsi toute validité scientifique à l’astrologie et conseillait aux médecins, dans ses traités, de ne pas s’occuper des "causes lointaines", et donc de laisser complètement tomber l’astrologie dans leur pratique de la médecine :

"Nous savons sûrement que le froid et le chaud appartiennent comme qualités aux quatre Eléments et aux objets mondains composées de ces Eléments. Mais au contraire, que les corps célestes et leurs orbites sont d’une nature toute opposée, et que n’étant pas liés à ces qualités ni composés d’éléments terrestres, ils portent le nom de cinquième élément. Quant à cette affirmation que tout événement terrestre qui subit l’influence de Saturne est froid et malheureux, mais que ses qualités n’appartiennent pas au corps céleste lui-même, qu’il en est de même des autres vertus accordées aux autres planètes, nous n’avons à y répondre que ceci : ces assertions manquent de toute preuve et de toute démonstration. Qui peut savoir si le froid de la terre vient de Saturne et le chaud de Mars et ainsi de suite des autres qualités qu’ils attribuent aux corps célestes ? Bien qu’il soit certain que les étoiles exercent une certaine influence sur les choses du monde, il est pourtant bien hasardeux de préciser cette influence et de dire s’il produit le froid ou le chaud ou tout autre effet". (Grande réfutation des astrologues par Avicenne).

La majorité des médecins au Moyen-âge arabe se sont en fait situés entre ces deux extrêmes, ce qui n’était pas toujours le cas pour leurs patients. Exemple : au temps d’Haroun Al Rachid, une femme fortunée avait installé dans son palais une salle qui était réservée à la rencontre des médecins et des astrologues lorsqu’elle était malade. Ils discutaient et s’ils n’arrivaient pas à se mettre d’accord, cette femme avait décidé que c’était l’astrologue qui avait le dernier mot. La littérature de l’époque met beaucoup en avant la rivalité entre médecins et astrologues, en donnant souvent l’avantage aux seconds.

L’apport principal des Arabes en astrologie médicale (plutôt qu’en médecine astrologique) fut de fonder par des textes systématiques la technique astrologique appliquée à la médecine. Les principes théoriques sont simples : les corps célestes influencent tout ce qui est ici-bas. Il y a une unité profonde dans le monde sublunaire, tout est formé à partir des quatre éléments. Dans le corps humain, on peut isoler quatre humeurs : la bile, le sang, le flegme et la mélancolie, et ces quatre humeurs sont conne le dit un auteur arabe les "filles des Eléments". Donc les humeurs, comme toute partie du corps, si petite soit-elle, sont en relation étroite avec les Eléments originels, d’où : le sang est chaud et humide, etc. L’astrologie médicale était ainsi parvenue à "prévoir" grâce au ciel de naissance toutes les maladies imaginables. Exemple particulièrement croquignolet :

"Les épileptiques sont ceux dans la nativité desquels la Lune n’est pas en union avec Mercure, ni aucun de ceux-ci n’est en union avec l’Ascendant. Avec cela que Saturne, dans les nativités diurnes soit dans un point cardinal, ou Mars dans les nativités nocturnes. Quant aux déments, ils ont les mêmes causes, sauf que Saturne soit en quelque Angle dans une nativité nocturne, ou la Vierge ou les Poissons".

On comprend mieux ainsi les préventions d’Avicenne à l’égard de l’astrologie médicale. Les astro-médecins arabes utilisaient également les secteurs de la sphère locale, et plus précisément deux Maisons importantes à leurs yeux : la première Maison ou Ascendant qui détermine les caractéristiques physiques de l’individu, et la sixième dans laquelle on place traditionnellement les maladies. Comme on le voit, les astro-médecins actuels sont les dignes successeurs des astrologues arabes !

Dans les ouvrages de médecine astrologique, l’astrologie peut être utilisée comme connaissance des agents de modification du climat général pouvant induire des problèmes de santé particuliers (qualité de l’air, météo, vents, etc.), ou encore dans la théorie des "jours critiques", pour les saignées par exmple.

Jointe à la numérologie déguisée en pseudo-Théorie des Ages prénatale, l’astro-médecine arabe s’est singularisée en se penchant sur le développement du foetus : Hippocrate disait en effet que le fœtus de 7 mois était viable, mais pas celui de 8 mois, en se fondant sur des arguments qu’il pensait comme rationnels et purement médicaux. Sous l’influence probable de textes hermético-astrologiques, les astrologues arabes ont développé à sa suite une théorie selon laquelle le fœtus de 8 mois n’était pas viable, à cause de l’influence de Saturne qui s’exerçait selon eux pendant le huitième mois. En effet, à chaque mois de la grossesse était attribuée arbitrairement l’influence d’une planète (1 mois sous l’influence de Saturne, puis les autres planètes jusqu’au 7e, puis le 8e mois était à nouveau sous l’influence maléfique (refroidissement et déssèchement) de Saturne... C.Q.F.D. !)

Notons toutefois que ceux qui revendiquaient à la fois le statut de médecin et celui d’astrologue, y compris les plus illustres, faisaient en général un usage très modéré de l’astrologie médicale. On souhaiterait que ceux qui la pratiquent aujourd’hui aient la même modération et une prudence similaire : après tout, l’expérience a clairement démontré depuis Avicenne que la plupart des recettes médicales de l’astrologie sont fausses, archi-fausses... A suivre...

La transmission du savoir astrologique arabe à l’occident médiéval

Au XIIe siècle en Occident, l’Eglise exerce un magistère spirituel et intellectuel quasi absolu. L’astrologie a depuis de nombreux siècles été éradiquée de l’univers cognitif des peuples européens. La transmission du savoir astrologique arabe à l’Occident médiéval se fait au XIIe siècle par l’intermédiaire des régions longtemps occupées par les Arabes, par le biais de traductions arabo-latines et par deux voies essentielles : l’Espagne musulmane et la Sicile. En Espagne le mouvement apparaît dans la première moitié du XIIe siècle et en Italie un peu plus tard, et continue jusqu’au XIIIe siècle en Italie.

Ces traductions se font au départ grâce au mécénat de l’archevêque de Tolède en Espagne (l’invasion de l’Espagne par les Arabes a porté ses fruits astro-philosophiques) et du roi Roger II de Sicile. Les traducteurs pour la plupart ne connaissaient pas la totalité des langues qu’ils devaient traduire ; en Espagne par exemple, ils traduisaient la plupart du temps de l’arabe en castillan, puis un deuxième traducteur traduisait du castillan en latin, ce qui pouvait altérer sensiblement la signification de ces textes déjà traduits du grec à l’arabe... C’est à Jean de Séville et à Herman de Carinthie qu’on doit la traduction des œuvres complètes d’Abou Marchar, principal astrologue arabe, qui fera assez longtemps figure de référence en Occident.

Il y a quatre parties fondamentales dans l’astrologie telle qu’elle est transmise par les traductions arabo-latines : les Nativités, c’est-à-dire des horoscopes de naissance fondés sur le ciel natal ou celui de conception ; les Révolutions, qui se subdivisent en deux sous-parties : l’étude des horoscopes de révolutions annuelles (révolutions solaires), permettant de faire des prévisions annuelles fondées sur l’étude de l’horoscope de l’équinoxe de printemps ou celui de la lunaison qui a précédé cet équinoxe, et les Conjonctions qui jouent un rôle fondamental dans l’astrologie arabe, fondée sur une doctrine d’origine sassanide voyant dans les conjonctions des planètes supérieures, notamment Saturne et Jupiter, la cause essentielle de toute une série d’événements fondamentaux dans l’histoire humaine tant sur le plan religieux, politique que météorologique. Troisième catégorie : les Elections, c’est-à-dire le choix du moment le plus favorable pour entreprendre telle ou telle chose : fonder une ville, se marier, déclencher une guerre, etc. Quatrième catégorie : les Interrogations, qui impliquent l’existence d’une clientèle fortunée voulant poser une question précise à un astrologue sur un point en général très concret : "J’ai perdu mon bréviaire, où se trouve-t-il ? Ma femme me trompe-t-elle et avec qui ? Etc.". C’est en fait une théorisation systématique de l’astrologie horaire.

L’Eglise tolère relativement, au XIIe siècle, les deux premières catégories, mais assimile les deux autres à la superstition et donc les condamne. Les premières oppositions théologiques naissent au XIIIe siècle, lorsque le déterminisme astral enseigné par l’astrologie arabe a accouché d’un déterminisme absolu ou presque, incompatible avec la doctrine de l’Eglise, ce qui a abouti aux condamnations de l’astrologie en 1270 et 1277 par l’évêque de Paris. Face à ces condamnations de théologiens néo-augustiniens, il y eût des tentatives d’accord entre la philosophie arabe et la théologie chrétienne, notamment de la part d’Albert le Grand dans son Speculum Astronomiae (vers 1265), très favorable à l’astrologie, et celle de son élève Thomas d’Aquin à travers la fameuse formule "les astres inclinent mais ne nécessitent pas".

Ces condamnations ecclésiastiques n’eurent apparemment qu’un effet mitigé sur les souverains. Tel chroniqueur anti-astrologue de l’époque estimait certes qu’"un roi doit avoir ferme espérance en Dieu et délaisser et fuir toute sorcellerie et les jugements de sorts des "bonnes heures" et autres superstitions que Astronomia conseille, et doit suffire l’espérance en Dieu et le bon gouvernement en justes querelles de mener et à fournir de justes entreprises", mais un autre chroniqueur écrivait aussi :

"Si un Roi voulait sagement vivre, il assemblerait cinq bons astronomiens, les mieux renommés en expérience qu’on pouvait trouver et ferait savoir le temps, mois, jour et heure de sa nativité, et leur baillerait par écrit en leur requérant que sur ce, ils fassent une figure comme en accoutumée, pour savoir les bonnes et mauvaises inclinations, à quoi par le jugement des étoiles il serait enclin, et leur ferait jurer de lui en dire vérité sans épargne, afin qu’il puisse multiplier les bonnes conditions à quoi il soit enclin et obvier, par le conseil de sages, aux mauvaises conditions auxquelles il inclinerait et ainsi ferait son profit, car il poursuivrait le bien auquel il serait enclin, et bouterait dehors, par prudence, avis et conseils et bonnes œuvres, la mâle tâche à laquelle sa nativité l’aurait incliné. Et ainsi le fit Hippocrate, Alexandre, César, Pompée, Charlemagne et Trajan, l’empereur comme on le trouve écrit. Et combien que aucun dit que on ne se doit point fier en astronomiens la révérence d’eux sauve, ceci ne peut nuire au prince de se tenir en vertu et obvier à l’inclinaison de périlleuses conditions, et devient un homme meilleur, et mieux se tient en vertu continuelle".

Une pratique savante très élitiste

L’astrologie savante resta jusqu’à la fin du Moyen-Age une pratique élitiste, car il n’y avait pas d’astrologie scientifique possible sans longs et fastidieux calculs astronomiques. Or jusque vers 1320, les tables astronomiques utilisées en Occident sont des tables d’une très grande difficulté d’utilisation (Tables de Tolède ou adaptation des Tables de Tolède au méridien local). En 1320 apparaissent les Tables Alphonsines (attribuées à Alphonse X de Castille mais vraisemblablement composées par des astronomes parisiens). Elles simplifient grandement les calculs astronomiques, et l’astrologie peut ainsi se diffuser davantage dans un milieu lettré, latiniste et donc presque obligatoirement clérical. Ce n’est qu’au XIVe siècle que le roi Charles V commandera une série de traductions du latin en français de textes astrologiques.

L’astrologie, telle qu’elle fut transmise par les Arabes, connaît ensuite une véritable apogée au XVIe siècle, tant du point de vue pratique que du point de vue théorique. Il n’y a jamais eu autant d’astrologues de cour, d’horoscopes individuels (voir la correspondance de Nostradamus avec une clientèle extraordinairement variée dans tout l’Occident). Mais en même temps, il y a recentrage de l’astrologie vers ses origines grecques. La Renaissance amène une meilleure connaissance de la langue grecque, et donc un retour aux textes grecs de Ptolémée, ce qui amène un relatif discrédit de l’astrologie arabe. A partir de 1524-1525 environ, Abou Marchar, qui était à égalité avec Ptolémée comme référence chez les astrologues occidentaux, perd de son crédit. Au XVIIe siècle le recul de l’astrologie arabe est encore plus net, notamment à la suite du fiasco particulièrement lamentable des prédictions relatives à la conjonction Jupiter-Saturne de 1524 en Signe d’Eau (Poissons) qui aurait dû aboutir, selon une majorité d’astrologues, à un second déluge. La théorie arabe traitant des effets, au moins météorologiques, des "grandes conjonctions", fut ainsi spectaculairement réfutée.

Au niveau des universités la transmission de l’astrologie décline au XVIIe siècle. L’astrologie se popularise par les Almanachs, mais est de moins en moins représentée dans le cadre des universités parce que considérée comme incompatible, non seulement avec la doctrine chrétienne traditionnelle, mais aussi avec la nouvelle vision du monde physique issue des Lumières, et l’astrologie arabe ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir...

La Mésopotamie

Posté le 12.05.2007 par sheol
Terre de migrations et d’invasions, la Mésopotamie connut une histoire à la fois riche et chaotique.
Les civilisations qui se développèrent dans cette partie du monde sont nettement moins bien connues (et surtout moins étudiées dans le contexte scolaire) que l’Egypte pharaonique qui sur plusieurs siècles leur fut contemporaine.

Aussi est-il bien difficile de brosser en quelques pages le contexte géographique et historique qui vit évoluer successivement ou parallèlement une foule de peuples qui apportèrent à LA CIVILISATION des éléments primordiaux.

LE PAYS
C’est une région d’Asie occidentale qui constitue la partie orientale de ce que les historiens appellent « le croissant fertile ». Venus du haut massif arménien qui les alimente abondamment, deux fleuves : le Tigre et l’Euphrate commencent par traverser l’Assyrie montagneuse avant de pénétrer dans la vaste plaine de Mésopotamie pour enfin, après avoir arrosé la Chaldée, terminer leurs cours par un vaste delta et se jeter dans le Golfe Persique. Le nom même de Mésopotamie vient des deux mots grecs : mesos « milieu » et potamos « fleuve ». Au sens étymologique du terme, la Mésopotamie est donc le « Pays entre les Fleuves ».

Le climat très continental est marqué par une extrême sécheresse et des écarts considérables de températures entre l’été et l’hiver. Si la Haute Mésopotamie constituée de montagnes et de plateaux reçoit suffisamment de précipitations pour permettre une agriculture « sèche », il n’en est pas de même de la Basse Mésopotamie. Sans les deux fleuves, les plaines mésopotamiennes seraient désertiques et ce sont leurs alluvions fertiles qui ont permis aux hommes de s’installer sur leurs bords et d’y développer leurs civilisations en pratiquant l’irrigation.

Actuellement, la Mésopotamie se trouve presque essentiellement en Irak et pour une faible part en Turquie et Arménie.

COMPRENDRE LE CONTEXTE.
En Mésopotamie, la pierre est rare. C’est la raison pour laquelle il n’y subsiste aucune ruine imposante comme en Egypte et cela explique le fait que les archéologues n’aient commencé à s’intéresser à ce désert que vers 1840.

Il faut garder constamment présent à l’esprit que la Mésopotamie est la Civilisation de l’ARGILE, seul matériau dont les habitants pouvaient disposer autant qu’ils le désiraient.

L’HISTOIRE ET L’HERITAGE
A travers un bref résumé de l’histoire de la région, contentons nous donc d’énumérer rapidement les progrès dont nous sommes redevables à ces peuples.

-Vers 9000 avant J.C., les nomades commencent à se sédentariser et abandonnent la cueillette pour passer au stade de la culture. Ils utilisent des systèmes de retenues et de dérivations des cours d’eau. Nous leur devons donc l’IRRIGATION. Ils mettent au point de nouveaux outils tels la charrue pour préparer le sol avant les semailles. Nous leur devons donc l’AGRICULTURE.

-Vers 8000 avant J.C., ils parviennent à domestiquer des animaux. Nous leur devons donc l’ELEVAGE.

-Entre 6500 et 4500 avant J.C., les villages se structurent, s’organisent, assurent leur défense… Nous leur devons donc les premières VILLES avec enceintes fortifiées (cultures d’Hassuna, de Samarra puis de Tell-Halaf et d’Obeid).

-Les échanges entre cités s’organisent et s’affinent. Nous leur devons donc le COMMERCE.

-Les artisans manipulent de mieux en mieux l’argile qui abonde, ils deviennent des maîtres de la POTERIE (cuite au four et non plus simplement séchée au soleil) puis de la CERAMIQUE.

-Dans la région de Tell Halaf, les potiers passent du système du « colombin » à l’usage du tour pour façonner leur production. Il y a tout lieu de penser que la roue horizontale du tour a donné naissance à un dispositif similaire et vertical facilitant grandement les transports qui jusqu’alors s’effectuaient au moyen de travois. Nous leur devons donc la ROUE.

-La complexité des échanges commerciaux oblige les commerçants à inventer un système de communication numérique et d’archivage des transactions. Nous leur devons donc la notation de véritables NOMBRES et les bases du CALCUL (d’ailleurs, leur premier système de notation numérique porte le nom de « calculis »).

-Les Rois des différentes cités sont très préoccupés de connaître l’avenir, aussi entretiennent-ils de nombreux Mages chargés d’observer les « signes » du ciel. Petit à petit cette observation se transforme en un raisonnement plus rigoureux et les déplacements des astres sont alors connus avec énormément de précision et soigneusement notés dans des archives. Nous leur devons donc l’ASTRONOMIE. Notons que plusieurs noms utilisés par les astronomes mésopotamiens pour désigner les constellations ont encore cours de nos jours, tels les Gémeaux, le Scorpion, le Capricorne…

-Leur numération utilise un système à base 60. Pour cette raison, l’année civile officielle compte 360 jours (60 x 6). Afin de repérer les levers d’astres au cours de l’année, l’horizon céleste est partagé en 360 parties égales que nous appellerons les degrés…Degrés eux-mêmes partagés en 60 parties (les minutes d’arc)… elles-mêmes partagées à leur tour en 60 parties (les secondes d’arc). Nous leur devons donc les MESURES ANGULAIRES.

-L’année est partagée en 12 mois et le zodiaque en 12 signes. Nous leur devons donc la base de notre CALENDRIER.

-La journée est partagée en deux périodes de 12 heures chacune, 12 heures pour le jour, 12 heures pour la nuit… Heures elles-mêmes partagées en 60 minutes et chaque minute en 60 secondes. Nous leur devons donc nos MESURES HORAIRES.

-Ces peuples passent alors très vite de la notation des nombres à celle des choses puis des mots, puis des idées. Nous leur devons donc l’ECRITURE. Les premières tablettes comportant une véritable écriture proviennent de la région d’Uruk et datent de 3400 ans avant J.C.

A partir de là, l’homme quitte le stade de la PREHISTOIRE pour passer dans celui de l’HISTOIRE et les évènements historiques concernant ces peuples nous sont alors beaucoup mieux connus puisque soigneusement retranscrits sur des tablettes d’argile sous la forme d’une écriture qui, en évoluant au cours des siècles, se perfectionne, se simplifie et devient la fameuse ECRITURE CUNEIFORME.

A une mosaïque de cités-états succèdent les premiers Empires qui unissent sous leur domination une grande partie de la Mésopotamie.

Vers 3200 avant J.C. la Chaldée voit s’imposer une première grande civilisation, celle des Sumériens qui assèchent et cultivent les marécages qui constituent une grande partie de leur territoire. Si les paysans habitent toujours des huttes de roseaux, dans les villes on construit déjà des bâtiments de briques et les premières constructions importantes font appel au dispositif de l’arc et de la voûte. Nous leur devons donc des éléments essentiels de l’ARCHITECTURE.

La richesse des Sumériens engendre des convoitises et ils subissent de nombreuses invasions. Le pays d’Akkad se trouve au Nord de Sumer. Bien qu’ayant le même mode de vie, les tribus qui y vivent sont d’une autre ethnie et parlent une autre langue. Vers 2350 avant J.C., Sargon, Roi de la cité de Kish, unit les villes akkadiennes et entreprend de conquérir Sumer. Il commence par vaincre ses voisins de l’Elam, puis en s’assurant le contrôle des voies d’eau jusqu’au Golfe Persique il prend au passage toutes les grandes cités comme Mari et devient le premier « unificateur » de toute la Mésopotamie.

Mais la civilisation sumérienne « résiste » et finit par s’imposer à ses conquérants.
Vers la fin du troisième millénaire, une vague d’envahisseurs sémites venus du Sud occupe une grande part de la Mésopotamie et fonde un vaste Empire qui s’étend de la côte de Syrie au Golfe Persique. Leurs souverains s’installent dans une ville de faible importance : Babylone (ce qui veut dire « Porte des Dieux »), et en font bien vite une capitale influente.

Les Babyloniens se révèlent des maîtres dans l’art de travailler les métaux et les alliages. Nous leur devons donc une grande part des bases de la METALLURGIE.
Plus tard vers 1762 avant J.C., un puissant souverain babylonien, Hammourabi, édicte un code de lois gravées dans un bloc de pierre et ne comportant pas moins de 282 articles régissant le commerce, la famille, l’esclavage, la propriété, les prix… Nous leur devons donc la première forme de LEGISLATION.

Ce premier Empire Babylonien s’effondre sous les assauts des Hittites qui prennent Babylone en 1595 avant J.C. mais ne fondent rien de durable. La Mésopotamie retombe alors dans la division et l’anarchie.

Une tribu de montagnards, les Kassites, fonde une nouvelle dynastie qui gouverne pendant près d’un demi siècle.

Les Assyriens du Nord ont toujours dû se battre pour survivre. Jusque vers 2000 ans avant J.C. ils vivent sous la domination des Akkadiens et des Sumériens, jusqu’au jour où des envahisseurs leur redonnent leur indépendance. Dès lors, ils cherchent à étendre leur domination, mais sans y parvenir. Pourtant au IXième siècle avant J.C. et afin d’obéir à leur Dieu Assour, les souverains assyriens se lancent à la conquête du « monde ». Ils profitent d’une période de faiblesse de leurs rivaux et grâce à la férocité de leur armée supérieurement organisée, ils fondent un Empire qui occupe la totalité du Croissant Fertile. Nous leur devons donc les premiers éléments de STATEGIE MILITAIRE.

En 663 avant J.C., sous le règne d’Assurbanipal, ils s’emparent de l’Egypte. Mais les Babyloniens qui se sont réorganisés se révoltent contre leurs maîtres. L’antagonisme entre les deux peuples a duré près d’un millénaire toutefois, en s’alliant aux Mèdes du Nord-Ouest de l’Iran, les Babyloniens finissent par prendre et détruire Ninive la capitale des Assyriens en 612 avant J.C.

Après la chute de Ninive, Babylone redevient la capitale d’un puissant Empire. Son souverain le plus célèbre, Nabuchodonosor II sort vainqueur d’une coalition des Egyptiens, des Phéniciens et des Juifs. Il s’empare de Jérusalem dont les habitants sont déportés en captivité à Babylone en 587 avant J.C. (Argument du célèbre opéra de Verdi : Nabucco). Nabuchodonosor fait de Babylone, sa capitale, « la Reine de l’Asie ». Dominée par une immense Ziggourat, la cité est entourée d’une enceinte fortifiée de 50 km de périmètre percée de 100 portes. Elle est surtout agrémentée par d’immenses terrasses fleuries que les voyageurs ébahis voient surgir en plein désert comme flottant dans le ciel : les célèbres « Jardins Suspendus », une des Sept Merveilles du monde. (D’après certaines sources, il aurait déjà existé des jardins suspendus à Babylone depuis plusieurs siècles et Nabuchodonosor n’aurait fait que les restaurer).

Cette période de l’histoire de la Mésopotamie permet aussi de comprendre à quel point notre culture Judéo-Chrétienne a été marquée par ces civilisations. Les Mésopotamiens qui adorent une foule de Dieux représentent fréquemment une créature extraordinaire, une chimère à tête d’Homme, corps de Lion, pattes de Taureau et ailes d’Aigle. La plus célèbre représentation de cet être composite est connue sous le nom de Taureau ailé de Khorsabad et peut être admirée au Louvre.

Or, parmi les Juifs déportés à Babylone se trouve un certain Ezechiel qui ne peut pas manquer de voir ce genre de représentations pendant sa captivité. Plus tard, Ezéchiel a une « vision » provoqué par Dieu. Il voit des roues d’où sortent quatre créatures ayant chacune quatre faces : une face d’Homme, une face de Lion, une face de Taureau et une face d’Aigle… Curieuse coïncidence !
Toujours est-il que cette vision servira beaucoup plus tard à donner un attribut spécifique à chacun des quatre évangélistes : Saint Mathieu - l ’Homme (ou Ange), Saint Marc - le Lion, Saint Luc - le Taureau (ou bœuf) et Saint Jean - l’Aigle…

Est-il nécessaire aussi de rappeler que la Ziggourat de Babylone a donné naissance au récit biblique de la Tour de Babel et que les « Epopées » mésopotamiennes écrites bien avant la Bible font déjà référence à un Déluge Universel dont seuls quelques élus, humains et animaux, échappent grâce à une gigantesque Arche...

Quant au célèbre Sargon, selon la légende, ce fils naturel d’une grande prêtresse aurait été abandonné aux eaux de l’Euphrate dans un panier d’osier avant d’être recueilli et placé sous la protection de la Déesse Ishtar. Curieux destin qui n’est pas sans rappeler celui que connaîtra plus tard le Prophète Moïse.

En dépit de sa splendeur, le second Empire babylonien dure peu. En 538 avant J.C. les Perses conduits par le Roi Cyrus l’anéantissent complètement. Puis la région passe sous la domination d’Alexandre le Grand puis de ses successeurs, les Séleucides. C’est alors au tour des Parthes et des Sassanides d’occuper le pays qui devient alors le terrain privilégié de l’affrontement entre les Empires Perse et Romain… puis Byzantin… puis, puis, puis… Il semble bien que la guerre en cette région du monde soit condamnée à ne jamais avoir de fin.

CONCLUSION
De ce passé à la fois riche et tumultueux, il nous semble indispensable de reconnaître et retenir qu’une très grande part de notre patrimoine spirituel et culturel provient de ces civilisations qui se sont succédées et combattues sur cette terre de Mésopotamie.


les cinq piliers de l'Islam

Posté le 15.04.2006 par sheol
Les cinq piliers de l'Islam nous ont été transmis par Dieu au travers de son prophète Mouhammad , comme le rapporte Ibn 'Uma (extrait du Sahih Al-Bukhari -Volume 1, Livre 2, Numéro 7-) :

Le prophète de Dieu a dit : "L'Islam est basé sur ces cinq principes :


De témoigner que nul autre que Dieu ne peut être adoré et que Mouhammad est le prophète de Dieu,
D'effectuer le prière obligatoire (consciencieusement et parfaitement),
De jeûner pendant le mois de Ramadan,
De payer la Zakatt obligatoire (aumône),
D'effectuer le Hajj (Pèlerinage à la Mècque)."
De cette parole prophétique, nous savons donc quels sont les cinq piliers de l'Islam. Voiçi quelques détails et des liens avec davantage d'explications.


La profession de foi
La profession de foi (chahada) désigne la déclaration en arabe " 'Ach-hadou 'al-la 'ilaha 'illallah, wa 'ach-hadou 'anna Mouhammadar-Raçouloullah". Il faut donc témoigner "qu'il n'y a d'autre dieu que Dieu et que Mouhammad est le Messager de Dieu".

La prière
Tous les musulmans doivent accomplir les 5 prières obligatoires de la journée. Elles permettent de se ressourcer, de louer Dieu, en récitant des sourates du Coran, effectuant des invocations... Parmi les conditions de validité, il y a le respect des horaires (liens vers les horaires de la prière), l'orientation du corps vers la Kaaba (Qibla). Vous pouvez vous référer à la section "Comment calculer la Qibla?" pour en savoir plus.

La Zakât
En arabe, ce terme signifie accroissement et, par extension, purification de la richesse. Tout musulman qui en a les moyens doit donner une partie de ses biens aux pauvres de la communauté. Cette institution a pour but de purifier l'âme du croyant de l'avarice, l'avidité, la convoitise et de cultiver en elle l'esprit de partage et de sacrifice.

Le jeûne
Pendant un mois lunaire, de l'aube au coucher du soleil, le Musulman doit s'abstenir de manger et de boire. À chaque instant pendant le jeûne, il réprime ses passions et ses désirs. C'est un moyen pour le musulman de se purifier et de gagner le pardon de Dieu. Ce jeûne a lieu tous les ans pendant le neuvième mois de l'année lunaire.

Le Pèlerinage à la Mecque
Chaque Musulman doit effectuer le Pèlerinage à la ville sainte de La Mecque une fois dans sa vie, si cela est économiquement et physiquement possible. Il est composé de rituels. Des millions de croyants, chaque année, viennent de tous les horizons sociaux, géographiques et culturels s'y retrouver pour y célébrer leur adoration de Dieu.

Mythologie avestane (persane)

Posté le 15.04.2006 par sheol
La mythologie iranienne est à la fois très voisine et profondément différente de la mythologie de l'hindouisme. Elle en est très voisine parce que les Iraniens sont, de tous les peuples indo-européens, celui dont la langue a le plus d'affinité avec le sanscrit et aussi celui qui est resté avec les Aryens de l'Inde en relations les plus fréquentes. Elle en est profondément différente, parce que la religion des anciens Perses acquit de bonne heure un caractère beaucoup plus moral que mythologique.

« La nature de l'homme est complexe, dit Bréal, et il lui serait impossible de ne pas mettre quelque chose de son être moral dans les mythes qui occupent son imagination. Le démon qui retient les eaux du ciel fut regardé comme un type de méchanceté et de perversité; le dieu qui foudroie comme le vengeur de la justice. C'est ce côté religieux [...], très visible dans certains hymnes védiques, qui frappa surtout les Perses; [...] ils en firent le cadre de leur religion. » (Bréal, Hercule et Cacus).

Les mythes
Le plus important, on pourrait presque dire le seul mythe de la religion iranienne, c'est le double mythe d'Ormazd et d'Ahriman.

Ormazd
Ormazd (Ahura-Mazda ou encore Çpeuta-Mainyu) est le maître et le créateur du monde; il est souverain, omniscient, dieu de l'ordre; il a le Soleil pour œil; le ciel est son vêtement, brodé d'étoiles; Atar, l'Éclair, est son Cils; Apô, les Eaux, sont ses épouses. Mais Ormazd n'est pas le seul dieu; il n'est que le premier de sept divinités suprêmes, les Amshaspands, qui règnent chacun sur une partie de la création, et qui semblent n'être qu'un dédoublement, une multiplication d'Ormazd.

Au-dessous d'Ormazd et des six Amshaspands, la mythologie iranienne plaçait, comme divinités bienfaisantes : Mithra, le «maître du libre espace»; Tistrya, le dieu de l'orage; Verethraghna, le dieu de la victoire; elle connaissait en outre un grand nombre d'autres dieux de même nature, les Izeds.

Ahriman
De même qu'Ormazd est entouré de six Amshaspands et d'autres divinités bienfaisantes, Ahriman (Angra-Mainyu), le dieu malfaisant qui envahit la création pour en bouleverser l'ordre, et qui est conçu sous la forme d'un serpent, est accompagné de six démons issus des ténèbres cosmiques et d'un grand nombre d'autres divinités malfaisantes.

Une lutte mythique
Le mythe d'Ormazd et d'Ahriman consiste essentiellement dans la lutte des deux groupes d'êtres divins. Cette lutte nous apparaît sous une double forme; elle est matérielle ou spirituelle. Dans la lutte matérielle, Ahriman veut envahir le ciel; il est refoulé dans l'enfer; dans la lutte spirituelle ou mystique, Ahriman, principe de l'obscurité, du désordre, du mal, est de même refoulé par Ormazd, dieu de la lumière, de l'ordre et du bien. Dans le premier cas, l'arme d'Ormazd est Atar, l'Eclair; dans le second cas, c'est la piété ou encore la prière, personnifiée sous le nom de Vohu Mano.

La religion iranienne était donc puissamment systématisée; ce système n'était pas moins philosophique et moral que mythologique.

Mythologie Romaine

Posté le 15.04.2006 par sheol
La pax deorum, fondement de la religion romaine
L'élément fondamental de l'ensemble des cultes évoqués sur cette page est la pax deorum, la paix des dieux.

En effet, lors de la fondation de la cité par Romulus, les dieux sont censés avoir donné leur accord lors de la prise d'auspices par Romulus. Cet accord va plus loin qu'une simple non-opposition : il signifie que les dieux sont favorables à Rome, donc que les Romains sont en paix avec les dieux, qui leur assurent leur soutien indéfectible. Cette faveur des dieux est bien sûr essentielle, et il importe donc de la maintenir. Comme les dieux sont favorables à Rome, ils aident constamment les Romains. Ainsi, tout événement défavorable subi par Rome est la suite d'une offense faite aux dieux, qu'il convient donc de réparer (voir Vestale).


La religio romaine
Tous les aspects mystiques, théologiques ou d'adoration ne sont que des superstitions aux yeux des Romains.


La religion officielle de la Cité
La religio est ce qui concerne les Romains et leurs dieux. Cicéron disait « chaque cité a ses dieux, et nous, les nôtres ».

Il s'agit d'un culte officiel : la pratique cultuelle dépend du statut juridique et seule la cité peut autoriser ou interdire un dieu (les Romains ont repris comme dieux civiques un certain nombre de dieux grecs ou orientaux).

« La religio c'est la justice envers les dieux et envers les morts » : par ces mots, Cicéron comprend le mot « justice » (du latin jus, « devoir moral ») comme un « devoir moral » pour que la paix des dieux soit maintenue.

Jupiter Capitolin fait partie de la triade romaine avec Junon et Minerve : c'est à eux qu'on rend le plus de cultes. Mais un nombre conséquent d'autres dieux se voient gratifiés d'un culte, à tel point que les Romains ne connaissent plus le sexe de certaines divinités, ou encore, ils continuent parfois à pratiquer des rites dont ils ne comprennent plus la signification. La pratique des rites vise avant tout l'efficacité recherchée.


Les cultes des autres religions

Panthéon, RomeLes Romains ne s'imaginent pas leurs dieux supérieurs, mais ils s'enorgueillissaient d'être les meilleurs pour les rites. La pietas c'est réussir le rite (ou sacrifice) parfait : pour cela il faut souvent recommencer le rite pour qu'il soit « administré » de manière parfaite pour ne pas froisser le dieu (il existe des exemples de rites recommencés un trentaine de fois de suite par des magistrats de grande pietas).

Vis-à-vis des cultes étrangers, les Romains se montrent assez tolérants, et font le tri cas par cas : sont admis les cultes dit religio licita, ouvertement connus et réputés anciens. Le panthéon romain s'est enrichi de nouveaux dieux et s'est nourri de différentes influences religieuses : au IIIe siècle av. J.-C. par exemple a été introduit le culte grec d'Esculape. À l'origine se mélangent les religions italiques et grecques. À la fin du IIIe siècle av. J.-C., le culte phrygien de Cybèle se diffuse peu à peu. Il est officiellement importé à Rome lors de la seconde guerre punique, où la déesse est en quelque sorte installée dans le côté romain (cf. Tite-Live).

Ultérieurement, le judaïsme est admis comme religio licita, quoique étrange et peu apprécié de l'esprit romain. Avec la conquête de l'Égypte, l'empereur porte le titre de pharaon, mais uniquement en Egypte.

Les influences orientales ont mis à l'honneur des pratiques individuelles et les cultes à mystères, dans un souci de rapport direct avec la divinité. Au Ier siècle, l'empereur Caligula s'intéresse au culte d'Isis. À la fin du IIe siècle, Commode est initié au mithraïsme.

Toutes les religions n'ont cependant pas connu cette tolérance et cette assimilation romaine, et les rites clandestins sont suspects aux yeux des romains :

les lettrés romains réaffirment sans cesse leur attachement à la religion ancestrale et traditionnelle ;
au Ier siècle, l'empereur Claude interdit le druidisme.
le christianisme, puis le manichéisme sont persécutés jusqu'au IIIe siècle. Le christianisme finira cependant par s'imposer comme culte officiel au IVe siècle.

Le fonctionnement de la religion civique romaine
Le calendrier religieux
Le calendrier romain est divisé en jours fastes et jours néfastes :

jours fastes (235 jours/an) où l'on peut vaquer aux activités humaines : travail, vote...
jours néfastes (109 jours/an) consacrés aux dieux, dont 61 jours de fêtes publiques (jeux...).
jours ni fastes ni néfastes (environ 10 jours/an) dont les Romains ne savaient pas trop ce qu'ils étaient.
Pendant longtemps, la qualité des jours était annoncée seulement un mois avant, car le calendrier était compliqué (calendrier lunaire de 355 jours/an donc, tous les 2 ans était rajouté un mois intercalaire de 20-22 jours. Jules César simplifie ce système en 45 av. J.-C. en adoptant un calendrier solaire proposé par l'astronome égyptien Sosigène : c'est le calendrier julien), encore en vigueur de nos jours, après la réforme grégorienne de 1582.

Les espaces sacrés
Le pomœrium
Le pomœrium est une ligne imaginaire qui définit, dans Rome, une aire où l'efficacité des rites est garantie. C'est un endroit pur, et donc la mort et les hommes en armes n'y sont pas admis.

Le templum
Le templum (différent de « temple ») est un espace terrestre ou céleste, coupé du monde des humains, et dédié aux dieux. On distingue ainsi :

un templum « terrestre », qui peut être un temple ou un autre lieu choisi (comme la Curie) et in-auguré (!) ;
un templum « céleste », qui sert lorsqu'un augure (magistrat destiné aux rites et cultes) demande à un dieu son avis pour une action immédiate (différent de la divination, qui vise à lire l'avenir). Cela peut prendre plusieurs formes :
le vol des oiseaux : l'augure dessine un templum (une fenêtre) dans le ciel pour l'observation. Si des oiseaux y passent, c'est bon signe. Et sinon, il n'y a qu'à recommencer. L'espèce des oiseaux observés est aussi considérée comme un message des dieux. La présence d'un ou plusieurs aigles est très favorable. Ceci s'appelle la prise d'auspice.
la lecture des entrailles : le templum est souvent le foie de l'animal sacrifié. L'augure juge du bon état du foie et peut ainsi comprendre l'avis du dieu sollicité. Cette pratique entre le rite religieux et la divination était réalisée par des haruspices.
l'avis des « poulets sacrés » : l'armée romaine en déplacement à l'autre bout de l'empire avait besoin d'avoir l'avis des dieux avant de livrer une bataille. Le « poulet sacré » est le moyen bien pratique d'avoir un templum en dehors de Rome ou d'une cité romaine. Si le poulet mange le grain donné, c'est un bon signe !

Les pratiques religieuses
Suovétaurile à Mars, musée du Louvre
Sacrifices
Le sacrifice (=rendre sacré) est le rite le plus important car il permet de maintenir la pax deorum en reconnaissant leur supériorité (leur maiestas) en échange d'un vœu. Il est pratiqué par un magistrat ou par le père de famille pour la religion domestique.

Offrandes
Les offrandes.

L'avis des dieux
soit il est demandé (par l'augure avec le moyen du templum)
soit les dieux donnent d'eux-mêmes leur avis par un présage. Lorsqu'un événement étrange survient, le Sénat décide s'il y a présage ou non, avec souvent un appel aux prêtres qui peuvent apporter une réponse de spécialistes après la consultation d'archives et de rites appropriés. Si les rites ne suffisent pas et qu'il y a un nouveau présage, les prêtres font appel aux Livres Sybillins (recueil d'oracles et de poèmes grecs) : on tire au hasard un « poème » grec, on en prend la première lettre de chaque vers ; lettres qui serviront à faire un poème romain indiquant la nature du sacrifice à opérer. S'il y a toujours problème, on consulte l'Oracle de Delphes.

Les collèges de prêtres
Tous les prêtres sont cooptés et font partie de l'élite patricio-plébéienne (chevaliers et souvent sénateurs et donc magistrats). Comme on considère qu'ils remplissent une mission d'utilité publique, ils sont organisés en collèges permanents, afin d'assurer la continuité du culte.


Les collèges sacerdotaux
Ils sont quatre collèges sacerdotaux où la prêtrise se fait à vie :

les augures, au nombre de 16 sous Jules César. Ils attestent de l'attitude des dieux à l'égard de la cité dans les grandes décisions politiques (notamment la conduite de la guerre) et conseillent le Sénat et les magistrats.
les 16 pontifes qui partagent le même rôle de conseil que les augures et participent à de nombreuses cérémonies du cycle agraire. Le Pontifex maximus a la responsabilité du calendrier.
les quindecemviri sacris faciundis (15, puis 16 à l'époque de César) s'occupent des recueils des oracles sybillins et des cultes étrangers à Rome.
les septemviri epulonum (7 puis 10 à l'époque de César) sont chargés des banquets sacrés.

Les confréries religieuses
les flamines, prêtres chargés chacun du culte d'un dieu.
les Saliens, chargés des chants et danses lors des rituels guerriers de mars et d'octobre.
les frères Arvales, douze desservants du culte de la déesse agraire Dia dea (Cérès).
les Fétiaux, chargés de garantir le respect du droit dans les relations avec les autres peuples (notamment au moment de la déclaration de guerre) et dont l'activité a donné lieu à la naissance du ius fetiale.
les Luperques célèbrent la fête des lupercales qui avait lieu le 15 février avec une cérémonie en souvenir de l'allaitement de Romulus et Rémus par la louve.
Ces confréries sont aussi appelés sodalités.

Cas particuliers : le rex sacrorum et les Vestales
Le rex sacrorum a hérité des fonctions religieuses du roi.

Les Vestales constituent également un collège sacré, mais composé de femmes.

Superstitio et pietas
Superstitio
Le contraire de religio (qui concerne le domaine public) est superstitio (qui concerne le domaine privé) : l'athéisme n'existe pas. Les citoyens n'ont pas le droit de rendre sans convocation un culte à un dieu public. Crainte et Amour des dieux n'est que pure superstitio : ce n'est pas un comportement civique. « La religio est un mérite, la superstitio est une faiblesse », Cicéron.

L'« Affaire des Bacchanales » (186 av. J.-C.) est une grave affaire religieuse : un culte secret est rendu à Bacchus (le vin coule à flots) par plusieurs personnes. C'est un crime « contre-Cité » de « Cité à l'intérieur de la Cité » par une vénération privée à un dieu, car la Cité est un « corpus » de dieux et ces dieux sont la Cité (le culte privé est impossible). Les « criminels » ont été durement réprimés.

Pietas
La pietas est le respect scrupuleux des rites.
Les Romains se croient les plus pieux des humains et c'est pourquoi ils sont aidés par les dieux. Ils invitent également les dieux des adversaires vaincus à venir à Rome pour être bien honorés. Ainsi, les dieux des vaincus quittent ces derniers qui sont encore moins bien protégés et aidés.

La pietas signifie aussi le respect dû aux parents (pietas erga parentes), le respect de la patrie (pietas erga patriam). Dans ces deux cas, elle a également un sens religieux : le Romain voue un culte aux dieux Manes (de ses ancêtres), au lar familiaris ; il participe au culte civique.

Les divinités orientales
On ne peut parler de la religion romaine sans évoquer les divinités de tout le bassin méditerranéen qui ont été « importées » dans la cité mère, Rome.

La première divinité qui est arrivée à Rome est la déesse anatolienne Cybèle, en 202 av. J.-C., dont les rites étaient effectués par des prêtres eunuques, qui, comme pour le culte de la déesse Atargatis, se mutilaient et transformaient leurs rites en bain de sang. Malgré tout, on peut quand même sentir une certaine exagération dans les écrits d'auteurs qui n'approuvaient pas ces cultes venus de l'Orient.

Ensuite les dieux grecs arrivèrent, ce qui provoqua une assimilation entre divinités. Ainsi le petit dieu Neptune devint l'équivalent du grand maître de la mer Poséidon. Une déesse mineure des forêts, Diane, fut assimilée à la souveraine des domaines boisés, Artémis, vierge chasseresse. Mais le dieu grec qui garda à peu près tous ses attributs et même jusqu'à son nom fut Dionysos-Bacchus. Un scandale éclata à son sujet au deuxième siècle avant l'ère chrétienne, l'« affaire des Bacchanales ».

Les cultes alexandrins arrivèrent à Rome par des commerçants égyptiens, et ce n'est que sous Caligula qu'ils commencèrent à être pratiqués. En effet, cet empereur se prenait pour un descendant des pharaons. On vénérait sur le champ de Mars la déesse égyptienne Isis, son époux Sarapis et leur enfant Harpocrate (Horus l'Enfant hellénisé). Mais étaient également vénérées d'autres divinités d'Égypte, tels Hermanubis (Hermès-Anubis) ou encore Apis, dont on a des traces jusqu'en Gaule. Isis prit une importance considérable et était pour ses fidèles, comme en Égypte, la déesse universelle qui engendra l'univers et les astres, la Déesse Mère. Ce culte était très hiérarchisé, sur un modèle plus ou moins emprunté des traditions égyptiennes. On peut encore admirer aujourd'hui le temple de la déesse à Pompéi.

Mais le dieu qui eut le plus de succès en territoire romain fut Mithra, un dieu indo-iranien. Ce dieu est arrivé le plus tardivement parmi les divinités orientales. On le vénérait dans les mithraea. Son culte était uniquement réservé aux hommes et il eut beaucoup de succès dans l'armée. Le dieu était une chance de salut, et on le représentait souvent dans la scène de la tauroctonie.

Si ces dieux pénétrèrent dans la cité, c'est parce que la religion traditionnelle ne suffisait plus aux citoyens. En effet, comment se confier à un dieu tellement national comme Jupiter ? Les adeptes préféraient une Isis qui accueillait ses fidèles ou un Mithra qui promettait un au-delà. Ainsi la religion romaine était essentiellement syncrétique.

Dieux gréco-romains
Jupiter
Junon
Minerve
Mars
Saturne
Janus
Quirinus
Cérès
Vulcain
Vesta
Uranus
Tellus ou Terra
Vénus
Neptune
Pluton
Mercure
Apollon ou Phoebus
Diane
Bacchus (nom grec Dionysos)
Les Lares
Les Pénates
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